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Effets de prise de vueLes tours que joue l'objectif

Les effets optiques naissent dans le verre ou sur le capteur : un point qui bascule, une lumière qui file, deux images superposées, une échelle qui ment. Bien employés, ils transforment un accident technique en sens.

Ils se préparent. Une bascule de point a un départ et une arrivée, une double exposition demande deux images pensées ensemble, une perspective forcée exige des positions exactes. Ces fiches montrent chaque effet et comment l'anticiper.

Flare

Flare

Un flare apparaît quand une lumière vive frappe directement l'objectif et se diffuse à l'intérieur, laissant traînées, anneaux ou taches sur l'image. Le spectateur y lit la présence de la caméra dans un lieu réel, et souvent la chaleur, la liberté ou l'arrivée de quelque chose d'écrasant.

Flare anamorphique

Flare anamorphique

Le flare anamorphique est une fine traînée horizontale, souvent bleue, qui s'étire à travers le cadre quand un point lumineux vif frappe un objectif anamorphique. Le spectateur y lit le cinéma de grand écran : il ajoute de l'ampleur, de l'énergie et une touche de science-fiction ou de glamour nocturne.

Halo de pellicule (halation)

Halo de pellicule (halation)

Le halo de pellicule est la lueur douce, en général rouge orangé, qui se forme autour des hautes lumières sur film, quand la lumière rebondit à travers l'émulsion. Le spectateur le ressent comme de la chaleur et de la texture : l'image semble remémorée plutôt qu'enregistrée.

Grain de pellicule

Grain de pellicule

Le grain de pellicule est la texture fine et mouvante des minuscules particules qui composent une image sur film, visible comme un frémissement dans tout le cadre. Le spectateur le ressent avant de le remarquer : le grain rend l'image physique, brute ou intime, et lui dit à quelle distance du réel il se trouve.

Bokeh

Bokeh

Le bokeh désigne la qualité du flou dans les zones hors de la mise au point, surtout visible quand de petites lumières deviennent de doux disques colorés. Le spectateur y lit l'intimité et l'ambiance : l'arrière-plan cesse d'être une information et devient une atmosphère.

Double exposition

Double exposition

La double exposition superpose deux images dans le même cadre : l'une transparaît à travers l'autre comme un fantôme. Le spectateur lit ce chevauchement comme un lien impossible dans l'espace réel : un visage empli d'un souvenir, une personne fondue dans un lieu, deux identités qui se mêlent.

Bascule de point

Bascule de point

La bascule de point déplace le plan de netteté d'un sujet à un autre pendant la prise : l'un devient flou quand l'autre se précise. L'attention du spectateur suit la netteté, et le changement agit comme une coupe qui aurait lieu à l'intérieur du cadre.

Faible profondeur de champ

Faible profondeur de champ

La faible profondeur de champ ne garde nette qu'une fine tranche de l'image, tandis que tout ce qui se trouve devant et derrière tombe dans le flou. L'œil du spectateur va droit à ce qui est net, et le personnage paraît coupé du monde qui l'entoure.

Grande profondeur de champ

Grande profondeur de champ

La grande profondeur de champ garde nets à la fois le premier plan, le plan intermédiaire et l'arrière-plan, si bien que plusieurs actions peuvent se jouer dans un seul plan. Le spectateur choisit où regarder, et le rapport entre le proche et le lointain devient le drame.

Perspective forcée

Perspective forcée

La perspective forcée place des personnes ou des objets à des distances soigneusement choisies de la caméra pour qu'ils paraissent plus grands, plus petits, plus proches ou reliés d'une façon impossible dans la réalité. Le spectateur croit à l'illusion parce que la caméra ne voit qu'un seul angle.

Fuite de lumière

Fuite de lumière

Une fuite de lumière est un éclat de lumière parasite, en général orange ou rouge chaud, qui balaie une partie du cadre quand la lumière atteint la pellicule là où elle ne devrait pas. Le spectateur y lit le signe d'une vieille caméra, d'un film de famille ou d'un souvenir fragile.

Vignettage

Vignettage

Le vignettage assombrit ou adoucit les bords et les coins du cadre, tandis que le centre reste lumineux et net. L'œil du spectateur se pose naturellement au milieu, et l'image prend une qualité intime, de livre d'images ou de souvenir.

Infrarouge

Infrarouge

Le rendu infrarouge enregistre une lumière juste au-delà de ce que voit l'œil : feuilles et herbe brillent en blanc ou en rose, les ciels deviennent sombres et la peau paraît pâle et lisse. Le spectateur reconnaît le lieu mais pas ses couleurs, et le monde devient soudain onirique, étranger ou hanté.

Vision nocturne

Vision nocturne

La vision nocturne montre le monde tel qu'il apparaît à travers un intensificateur de lumière : monochrome vert et granuleux, yeux qui brillent, lumières qui bavent, cadre rond autour de la vue. Le spectateur comprend aussitôt que quelqu'un voit dans le noir, et le plus souvent qu'un autre n'y voit rien.

Caméra thermique

Caméra thermique

La caméra thermique montre le monde comme une carte de températures : les corps chauds brillent en blanc, jaune et orange sur des bleus et des violets froids. Le spectateur comprend aussitôt qu'il voit à travers une machine ou un œil non humain qui repère la vie, pas l'identité.

Slit-scan

Slit-scan

Le slit-scan construit une image en l'exposant à travers une fente étroite en mouvement : formes et lumières s'étirent en longues traînées qui foncent vers le spectateur ou filent à côté de lui. Le spectateur ressent la vitesse, le passage et la traversée de quelque chose qui dépasse l'espace ou le temps ordinaires.

Kaléidoscope

Kaléidoscope

L'effet kaléidoscope découpe l'image en segments en miroir qui se répètent autour d'un centre, souvent en tournant, si bien qu'une seule scène devient un motif symétrique. Le spectateur sent l'espace normal se dissoudre en quelque chose d'hypnotique, de mystique ou de déséquilibré.

Morphing

Morphing

Le morphing transforme une image en une autre sans à-coup, en déformant les contours et en mêlant les surfaces, si bien qu'un visage, un corps ou un objet semble couler vers une nouvelle forme sans coupe. Le spectateur regarde un changement se produire au lieu de voir un avant et un après.

Cinémagraphe

Cinémagraphe

Le cinémagraphe fige presque tout le cadre, comme une photographie, pendant qu'un petit élément continue de bouger en boucle. Le public se penche vers l'image : ce mouvement unique paraît vivant au milieu de tout ce qui s'est arrêté.

Clones à l'image

Clones à l'image

Le plan de clones place le même acteur deux fois ou plus dans le cadre : jumeaux, clones ou versions d'une même personne. Le public accepte ces copies comme des personnes distinctes et lit la scène à travers ce qui les sépare.

Lévitation

Lévitation

Le plan de lévitation montre une personne ou un objet qui s'élève et reste suspendu en l'air, sans aucun support visible. Le public sent que les règles du monde de l'histoire viennent de changer, pour l'émerveillement ou pour la terreur.

Techniques mixtes

Techniques mixtes

Les techniques mixtes réunissent dans un même cadre des matières d'image différentes : prises de vues réelles et animation dessinée, collage, peinture ou décors graphiques. Le public voit deux textures se rencontrer et comprend qu'il regarde deux réalités se toucher.

Portail dans un objet

Portail dans un objet

Le portail dans un objet pousse la caméra à l'intérieur d'un objet, une porte, un objectif, une bouche d'égout, un verre, et la fait ressortir de l'autre côté dans un lieu nouveau. Le public voyage avec la caméra et ressent le passage au lieu d'un simple cut.

Changement de format d'image

Changement de format d'image

Le changement de format modifie la forme de l'image en cours de film : du carré au large, du large à l'étroit, ou d'une époque à l'autre. Le public sent le monde s'ouvrir ou se refermer, souvent avant de remarquer que les bandes noires bougent.

Jeu d'échelle

Jeu d'échelle

Le jeu d'échelle fait grandir ou rétrécir un personnage ou un objet face à un monde qui garde sa taille normale. Le public mesure le changement à des choses qu'il connaît, une tasse, une porte, un chat, et ressent le danger ou l'émerveillement des nouvelles proportions.

Wigglegram

Wigglegram

Le wigglegram fait boucler quelques images prises depuis des points de vue très légèrement décalés : l'instant figé oscille d'un côté à l'autre et le relief saute aux yeux. Le public a l'impression de regarder un souvenir en trois dimensions, suspendu et fait main.

Rayons X

Rayons X

L'effet rayons X montre l'intérieur d'un corps ou d'un objet, les os sous la peau, une arme dans un sac, des câbles derrière un mur, comme si l'image voyait à travers la matière. Le public accède à ce qui est caché et en sait davantage, souvent avant les personnages.

Zootrope

Zootrope

Le zootrope est un tambour tournant garni d'images successives que l'on regarde à travers des fentes : les dessins se fondent en un court mouvement en boucle. À l'écran, il montre la naissance de l'animation, et le public ressent la magie de l'immobile qui devient vivant.

Glitch

Glitch

Le glitch casse volontairement l'image : saccades, blocs de pixels, couleurs décalées, déchirures ou neige. Le public y lit une panne du signal, ou de la réalité elle-même, et sent que quelque chose cloche avant qu'un personnage ne le dise.

Les questions des scénaristes

Faut-il préparer les effets optiques ou les trouver sur le plateau ?
Préparez ceux qui portent l'histoire, comme une bascule de point qui révèle un second personnage ou une double exposition qui relie deux moments. Les flares et le grain peuvent se trouver ou s'ajouter plus tard, mais décidez de la dose.
À quoi sert une bascule de point ?
À déplacer l'attention du spectateur d'un sujet à l'autre sans couper. Le basculement devient lui-même un temps fort : un personnage remarque quelque chose, une menace apparaît au fond, un détail prend son sens.
Vaut-il mieux faire ces effets en postproduction ?
Certains, oui, mais les effets faits à la prise de vue paraissent souvent plus organiques, parce que la lumière, l'objectif et le mouvement interagissent naturellement. Décidez tôt : un effet prévu en post change la façon de tourner la plaque.