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Cartons, bandeaux et synthés : les écrire dans un scénario

Le texte à l'écran fait partie de la grammaire du récit. Cartons, bandeaux et synthés : les différences, les règles de capitales, et quand un texte à l'écran vaut mieux qu'une réplique d'exposition.

Croquis technique sur fond sombre : exemples de carton, bandeau et synthé sur une page de scénario, traits blancs fins sur noir
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ScreenWeaver Editorial Team

23 juin 2026

Updated 28 octobre 2026

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Choisissez d'abord la couche, puis un seul mot-clé pour elle : CARTON pour un texte plein écran, INCRUSTATION (SUPER en anglais) ou BANDEAU pour un texte posé sur l'image, et SYNTHÉ (LOWER THIRD) pour un nom ou une fonction, toujours suivi du texte exact entre guillemets, par exemple INCRUSTATION : « LONDRES - DE NOS JOURS ». Placez la ligne là où le public la voit, n'ajoutez une durée que si l'histoire l'exige, et écrivez les écrans du monde du film, comme un téléphone, en simple action. La référence complète est dans notre guide complet de mise en page.

« PARIS, 1940. » Un nom apparaît sous le visage d'une sénatrice. Un bandeau défile : LES MARCHÉS S'EFFONDRENT. Trois couches de texte différentes, trois fonctions différentes, et les débutants les mettent toutes en page de la même façon, ou pas du tout.

Cartons, bandeaux et synthés sont la typographie du cinéma. Ils orientent, identifient et mettent l'histoire sous pression avec des informations que les personnages ne disent pas forcément à voix haute. Le scénariste ne choisit pas les polices. Il fixe le contenu et le moment, pour que lecteurs, monteurs et graphistes soient alignés.

Ce guide distingue chaque type de texte, montre des conventions cohérentes et détaille les règles pratiques pour que votre scénario reste propre et prêt pour la production.

Le vocabulaire en français et en anglais

Les mots changent selon le pays et le métier. Voici les correspondances utiles, à choisir une fois pour toutes dans un même scénario.

CoucheScénario américainUsage français courant
Texte plein écranTITLE CARDCARTON
Texte posé sur l'imageSUPER ou CHYRONINCRUSTATION, SURIMPRESSION ou BANDEAU
Nom et fonction en bas de l'imageLOWER THIRDSYNTHÉ (jargon télé)

« Synthé » vient des anciens générateurs de caractères des régies de télévision, et c'est le mot qu'emploient encore les équipes d'info et de documentaire. Si votre scénario part chez un producteur anglo-saxon, utilisez les termes anglais. Les schémas de cet article sont en anglais.

Comment ça marche : trois couches, trois fonctions

Carton : texte plein écran ou dominant, souvent séparé de l'action. Sauts de lieu ou de temps, titres de chapitre, TROIS ANS PLUS TARD, ruptures stylisées comme PREMIÈRE PARTIE : LA TRAQUE.

Bandeau (incrustation) : texte posé sur l'action ou sur des images d'illustration. Bandeaux d'info en continu, indications de lieu, horodatages. Souvent en haut ou en bas du cadre.

Synthé : identification d'un nom et d'une fonction, en général en bas à gauche. JULIEN COLLET - AVOCAT DE LA DÉFENSE. Fréquent dans les documentaires, les scènes de journal télévisé et les drames politiques.

Les trois figurent dans la partie action du scénario, jamais en dialogue. Choisissez une convention et répétez-la.

Trois cadres 16:9 : un carton noir plein écran indiquant THREE YEARS LATER, un bandeau rouge d'info en continu sur une image en direct, et un synthé nom et fonction en bas à gauche, chacun au-dessus de la ligne de scénario qui le demande (schéma en anglais)

Où se place habituellement chaque couche à l'écran, avec la ligne de scénario correspondante. Schéma en anglais.

Précisez ce que le public lit. Laissez la production choisir à quoi ça ressemble.

Pour les bases du texte à l'écran, voyez les incrustations de lieu et de temps. Pour l'usage en rédaction, voyez la mise en page des scènes de journal télévisé. Pour le texte déroulant d'ouverture (cousin du carton), voyez le format du texte déroulant.

Selon le support et l'usage

Long métrage : cartons de chapitre et de lieu

Exemple de carton :

CARTON : « LYON - 1943 »

OUVERTURE EN FONDU :

Quand l'utiliser : films d'époque, structures en chapitres, sauts de temps trop grands pour le dialogue.

À éviter : un carton à chaque scène. La lassitude arrive vite.

Série dramatique : structure d'épisode

Synthé à la première apparition :

INCRUSTATION : « COMMANDANTE ANNA MERCIER »

Elle entre dans l'open space. Personne ne lève la tête.

Quand l'utiliser : grands ensembles, ton documentaire, présentations du premier épisode.

Info et docu-fiction

Bandeau et synthé combinés :

À LA TÉLÉVISION - CHAÎNE D'INFO

BANDEAU : « ALERTE - LE VOTE EST REJETÉ »

SYNTHÉ : « SÉNATRICE HALLEY - COMMISSION DES FINANCES »

Quand l'utiliser : séquences de médias dans le récit, thrillers politiques.

Plateformes et séries limitées

Cartons stylisés entre les épisodes ou les actes. Même format que les cartons de long métrage. Notez (TENIR 3 SECONDES) seulement si le minutage est essentiel à une blague ou au rythme.

Langues étrangères et sous-titres

Quand un synthé identifie un locuteur et que des sous-titres traduisent ses paroles, indiquez la traduction dans la mise en page du dialogue selon les règles des langues étrangères et des sous-titres. N'empilez pas d'incrustations redondantes.

Pensez aussi à l'exploitation internationale : dans chaque version étrangère, vos cartons et synthés seront traduits par des sous-titres forcés ou refaits par les graphistes. Un texte court et exact se localise mieux qu'une phrase longue.

Étape par étape : ajouter correctement une couche de texte

Étape 1 : choisissez la couche. Texte plein écran ? Posé sur l'image ? Simple identification d'un nom ? La mauvaise couche embrouille la production.

Étape 2 : choisissez votre mot-clé. Options courantes : CARTON :, INCRUSTATION :, BANDEAU :, SYNTHÉ : (ou leurs équivalents anglais). Un mot-clé principal par scénario.

Étape 3 : écrivez le texte exact entre guillemets. INCRUSTATION : « LONDRES - DE NOS JOURS », pas Une indication de lieu apparaît.

Étape 4 : placez la ligne là où le public la voit. En général juste avant le plan concerné, ou au moment où l'on coupe dessus.

Étape 5 : n'indiquez une durée que si l'histoire l'exige. (CARTON - 2 SECONDES) pour une comédie en rafale ou une synchronisation sur un coup de musique.

Étape 6 : séparez le texte du monde du film des incrustations formelles. Le texte d'un écran de téléphone reste dans l'action : Son téléphone affiche : 2 h 34. Un saut de temps formel utilise INCRUSTATION : ou CARTON :.

Étape 7 : traquez les redites. Si le dialogue dit déjà « On est à Londres », l'incrustation est peut-être inutile, sauf si le style l'exige.

Parcours de décision en trois questions oui ou non : le texte fait-il partie du monde du film, remplit-il l'écran, nomme-t-il une personne, menant à une ligne d'action, un carton, un synthé, ou par défaut un bandeau ou une incrustation, chacun avec une ligne d'exemple (schéma en anglais)

Les étapes 1 et 6 sous forme de parcours de décision. Schéma en anglais.

Volet pratique : référence de format et exigences

Tableau de référence rapide

TypeFonctionExemple de format
CartonChapitre, lieu, tempsCARTON : « ACTE II »
Bandeau ou incrustationOrienter, alerte infoBANDEAU : « CONFINEZ-VOUS »
SynthéNom, fonction, identificationSYNTHÉ : « MARA LIN - LANCEUSE D'ALERTE »
Écran du monde du filmTéléphone, ordinateur, accessoireLigne d'action, pas d'incrustation

Capitales et ponctuation

Les habitudes varient. La cohérence l'emporte sur les débats de correction. Choisissez :

  • Tout en capitales : INCRUSTATION : « NEW YORK - 1999 »
  • Ou en casse normale entre guillemets : INCRUSTATION : « New York - 1999 »

Jamais les deux dans le même scénario. En français, utilisez les guillemets « » avec espaces insécables, et gardez la même graphie pour les dates et les heures (« 6 h » ou « 6 H 00 », mais pas les deux).

Signaux d'abus

  • Plus de trois incrustations en cinq pages sans saut de temps
  • Un synthé sur chaque personnage qui parle dans une scène de dîner
  • Des bandeaux qui répètent un dialogue qu'on vient d'entendre

Passage de relais à la production

Les graphistes extraient les incrustations du dépouillement. Un texte exact évite des échanges de mails coûteux en postproduction.

Accessibilité

Les incrustations transmettent une information que le public voyant reçoit par les yeux. Assurez-vous que les faits essentiels ne sont pas inaccessibles au public aveugle, sauf si un autre canal les reprend (dialogue, ou note pour l'audiodescription, que les diffuseurs français proposent de plus en plus).

Cas concret : un pilote sur plusieurs villes

Votre pilote saute de Lyon à Varsovie puis à Dubaï en vingt pages. Les cartons portent la charge pour que les scènes ne s'ouvrent pas sur des personnages qui annoncent la géographie.

CARTON : « LYON - 6 H »

INT. MÉTRO - EN MOUVEMENT - JOUR
...

CARTON : « VARSOVIE - 14 H »

INT. APPARTEMENT - JOUR
...

CARTON : « DUBAÏ - 21 H »

EXT. MARINA - NUIT

Une mise en page identique éduque le lecteur. La production conçoit un seul modèle de carton et le réutilise.

L'extrait multivilles avec ses trois lignes TITLE CARD surlignées, à côté de trois cartons noirs identiques pour Chicago 6 AM, Warsaw 2 PM et Dubai 9 PM construits sur un même modèle, chacun suivi de son en-tête de scène (schéma en anglais)

Trois lignes identiques sur la page, trois cartons identiques à l'écran. Schéma en anglais, avec Chicago à la place de Lyon.

Cas concret : une présentation au ton documentaire

Première rencontre avec une sénatrice, dans une docu-fiction :

INT. SALLE DE COMMISSION - JOUR

SYNTHÉ : « SÉNATRICE DIANE HALLEY - PRÉSIDENTE DE LA COMMISSION D'ENQUÊTE »

Halley ajuste son micro. Déjà en pleine phrase sur le direct.

Le synthé fait le travail d'identification que le dialogue ne devrait pas gaspiller. Quand elle revient trois épisodes plus tard sans synthé, le public se souvient.

Relecture avant livraison

Cherchez dans votre export PDF INCRUSTATION, BANDEAU, CARTON et SYNTHÉ. Si deux scènes voisines utilisent une incrustation pour le même lieu sans saut de temps, coupez-en une. Si un personnage prononce le texte de l'incrustation à la ligne suivante, supprimez la réplique ou l'incrustation.

Liste de vérification : chercher SUPER, CHYRON, TITLE CARD et LOWER THIRD dans le PDF exporté, puis poser trois questions à chaque résultat, avec trois signaux d'abus (schéma en anglais)

La relecture et les signaux d'abus sur une seule fiche. Schéma en anglais.

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Résultats : ce qu'apporte une mise en page propre

Orientation du lecteur. Plus besoin de deviner si le texte est plein écran ou posé sur l'image.

Efficacité en postproduction. Les graphistes savent quoi fabriquer.

Maîtrise du ton. Gravité documentaire, cartons de chapitre comiques ou urgence de l'info : chacun se lit différemment quand il est mis en page distinctement.

Ce qui échoue :

  • Un vague « un texte apparaît »
  • Des mots-clés incohérents (INCRUSTATION, BANDEAU et CARTON au hasard)
  • Des incrustations qui doublent le dialogue
  • Des cartons pour une information qu'on montrerait mieux dans la scène

Le test : donnez votre scénario à quelqu'un qui ne connaît pas l'histoire. Après une séquence de saut temporel, peut-il dire le nouveau lieu et la nouvelle heure sans relire le dialogue ? Si oui, vos couches de texte ont fonctionné.

Pourquoi c'est important : l'ancienne méthode et la nouvelle

L'ancienne méthode : les scénaristes comptaient sur le montage pour « ajouter les titres en post » et laissaient la page vide. Les lecteurs trébuchaient. Les graphistes recevaient des consignes incohérentes.

La nouvelle méthode : le scénario précise le texte à l'écran avec la même rigueur que la mise en page des scènes de journal télévisé. Les ateliers d'écriture des séries politiques ou au ton documentaire tiennent une bible des incrustations par épisode.

La typographie à l'écran, c'est de l'écriture. Mettez-la en page clairement et vous maîtrisez l'architecture de l'information de votre film, pas seulement les répliques.

Passez à l'action : maîtrisez le texte à l'écran

Relisez votre scénario ce soir. Surlignez chaque moment de texte à l'écran. Étiquetez-le : carton, bandeau ou synthé. Écrivez les mots exacts. Coupez les doublons.

La production choisira les polices et l'animation. Vous choisissez ce que le public sait, et quand il le sait.

Choisissez votre mot-clé. Écrivez le texte. Placez-le là où tombe la coupe. Le cadre est à vous. Les mots qui s'y inscrivent devraient l'être aussi.

FAQ

Quelle différence entre un carton et une incrustation ?

Le carton occupe tout l'écran, souvent sur fond noir. L'incrustation, ou bandeau, se pose sur l'image en cours, comme une indication de lieu ou un bandeau d'information.

Qu'est-ce qu'un synthé ?

C'est l'identification d'une personne par son nom et sa fonction, en bas de l'image. Le mot vient du jargon de la télévision française ; en anglais, on dit lower third.

Faut-il écrire SUPER ou INCRUSTATION ?

Les deux se comprennent. Choisissez selon le destinataire, français ou anglo-saxon, et gardez le même mot dans tout le scénario.

Comment écrire le texte d'un écran de téléphone ?

En simple ligne d'action, par exemple « Son téléphone affiche : 2 h 34 ». Les incrustations formelles sont réservées au texte que seul le public voit.

Faut-il préciser la police ou la couleur ?

Non. Le scénario fixe le texte exact et le moment ; la police, la couleur et l'animation reviennent aux graphistes.

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À propos des auteurs

La rédaction de ScreenWeaver réunit des cinéastes, des scénaristes et des profils tech qui travaillent à réduire la distance entre l'imagination et la production.

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